dimanche 14 décembre 2008

La Goutte

La goutte faisait ploc.
Ploc, et pas un autre bruit. Elle était immédiatement suivie d’une autre goutte qui faisait ploc elle aussi. Mais il n’y avait aucun doute : c’était la même goutte qui tombait et retombait inlassablement.
Autour de la goutte qui tombait était la flaque. La flaque recevait la goutte qui tombait.
Ploc. Elle ouvrait les bras, accueillait la goutte. Ploc, la goutte se dissolvait. Ploc, la goutte renaissait. La flaque était là, juste là. Au delà de la flaque, la terre, les feuilles mouillées, les brindilles, tous le monde du sous-bois. La goutte continuait à tomber.
On racontait le soir aux veillées que cette goutte était la larme éternelle. Mais que pleurait-elle ? Les versions étaient nombreuses. Pour certains, elle était la larme d’un elfe des bois qui n’avait pas su sauver l’humaine qu’il aimait. Pour d’autres, les larmes d’une mère à qui une déesse jalouse avait ravi son enfant après l’avoir transformée en pierre. Le rocher, depuis lors, pleurait inlassablement la perte de l’enfant. Les versions étaient embrouillées et pleines de variantes, de contradictions. Pour ma part, aucune ne me satisfaisait.
La goutte avait peur de la mort. Elle naissait, vivait sa vie de goutte et ploc, se dissolvait. Mais elle se refusait à se dissoudre. Alors elle renaissait, voulait changer de chemin, changer de vie. Elle tombait. Et ploc, la flaque était là et la goutte se dissolvait.
Cela faisait une éternité que la goutte se dissolvait.
Et puis, dans une seconde d’éternité, la goutte tomba. Ploc. Elle était dans la flaque mais elle n’était pas dissoute. Elle était juste confuse. Confondue. Elle sentait simplement qu’elle n’avait plus de limites. Qui était-elle, de la goutte ou de la flaque ?
Puis elle se sentit renaître. De nouveau, elle était une et unique. Elle tomba à nouveau.
Elle n’avait plus peur. Elle n’aurait plus jamais peur.

1 commentaire:

Aimache a dit…

Très ZEN ! (tendance hypnotique)